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© Arch. Piaggio A gauche Ursula Andress et, à droite, Marina Vlady . |
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C'est une vieille dame qui a conservé ses allures de jeune fille. A bientôt 60 ans - elle soufflera ses bougies en avril - la Vespa a gardé intacts sa fraîcheur et son tempérament. Toujours charmeuse et sexy, avec ses hanches galbées et sa taille de guêpe (vespa en italien), elle montre autant de grâce que toutes les stars qui l'ont chevauchée, de Brigitte Bardot à Ursula Andress. Sans oublier les citadines anonymes d'hier et d'aujourd'hui qui ont choisi cette monture joliment rétro pour se jouer des embouteillages.
C'est là l'un des secrets de la Vespa, pilotée aussi bien par la gent féminine que par les mâles. Le premier dépliant publicitaire de la marque, dès 1946, montre d'ailleurs une jeune femme enthousiaste au guidon de ce nouveau deux-roues, symbole d'une clientèle qui laisse le passé loin derrière elle. C'est en effet dans les décombres d'une Italie ruinée par la guerre que naît la Vespa, sur une idée audacieuse d'Enrico Piaggio. Cet industriel toscan, dont les usines installées à Pontedera, près de Pise, ont été bombardées, n'avait plus le droit de construire des avions. Il imagine alors de produire un véhicule à deux roues à coût modéré, destiné à un large public qui ne pouvait se payer une voiture.
«Piaggio n'a pas inventé le scooter, qui existe depuis 1902, explique Didier Ganneau, auteur d'une histoire du scooter (1). Sa force a été de le produire en grande série et, ainsi, de le populariser.» Ce succès doit aussi beaucoup à la créativité géniale de son concepteur, Corradino D'Ascanio. S'inspirant de son expérience aéronautique, cet ingénieur dessine une silhouette tout en rondeurs qui fait ressembler la Vespa à une moto, mais en plus maniable, plus confortable et surtout plus propre. Il lui ajoute un tablier, comme une carlingue d'avion, qui protège le conducteur de la pluie et des projections de boue et de poussière. Dans le même souci, il place le moteur à l'arrière, avec un entraînement direct de la roue. Finis les problèmes de chaîne et de graissage. Quant à la conduite, elle est assise et non à cheval. Idéal quand on porte une robe. La Vespa devient rapidement un produit de masse, car elle répond à un réel besoin de mobilité et d'évasion. Sur les publicités d'époque, elle emmène les couples en week-end ou en vacances, les cadres au bureau, les ouvriers à l'usine et les femmes au marché... Propice à l'escapade, elle offre un grand rêve abordable de liberté. «J'ai encore une photo de mon père sur une Vespa 150 GS, avec ma mère en amazone et moi debout à l'avant, se souvient Francesco Scuderi, d'origine italienne, journaliste à Moto Magazine et à Motociclismo. Tous les Italiens ont dans leur famille quelqu'un qui a eu une Vespa. Elle fait partie de leur patrimoine.» La production croît régulièrement, pour dépasser les 500 000 exemplaires en 1953. L'événement est d'ailleurs célébré par l'archevêque de Pise, en présence des dirigeants de la firme et de journalistes du monde entier. Une scène quasi identique marquera, trois ans plus tard, le millionième exemplaire. 1953, c'est aussi l'année où la Vespa commence sa longue carrière cinématographique, avec les ravissantes Vacances romaines de la princesse Audrey Hepburn et du reporter Gregory Peck, filmées par William Wyler. La «guêpe» voit également apparaître les premiers paparazzi quand un photographe l'enfourche pour traquer Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans La Dolce Vita, de Fellini, en 1960. Elle sera l'héroïne de plus de 150 films. Son image glamour en sera marquée à jamais. La communication de la marque est en effet très avenante. Dès 1951, Piaggio lance une série de calendriers publicitaires et de cartes postales sur lesquelles on voit de sympathiques pin-up peintes en costume hollandais ou hawaiien, voire en simple bikini... Au milieu des années 1960, les dessins sont remplacés par des photos de vedettes du cinéma et de la télévision: Raquel Welch, Sophia Loren, Mireille Darc, Marina Vlady ou Joan Collins posent, certaines en déshabillé, à côté de leur monture.
Entre-temps, la Vespa, dans une version fuselée pour la course de vitesse, aura atteint les 171 kilomètres à l'heure, aura été équipée d'un canon antichar et aura traversé le désert du Sahara et la Manche, montée sur une espèce de radeau, grâce aux paris fous de «Jojo» Monneret, célèbre pilote français. Le phénomène deviendra planétaire: en France (dès 1951), en Angleterre (avec les Mods, dans les années 1960), mais aussi en Amérique, au Pakistan ou en Inde, où règnent les triporteurs. Sur tous les continents, des clubs de vespistes entretiendront le mythe. Même si le joyau s'est un peu terni au fil des ans, plus de 16 millions de Vespa ont été vendues à travers le monde.
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La «guêpe», vespa en italien, toujours glamour, avec ses hanches galbées |
Soumis à la rude concurrence des scooters japonais dans les années 1980, les modèles se sont transformés en 1996, avec la création d'un moteur à quatre temps automatique et central. Exit le moteur latéral. La Vespa ET roule droit comme un «I» - longtemps, il fallut changer le pneu de sens, car la bande de roulement n'était usée que d'un côté! Sorti en 2005, le dernier modèle, le GTS 250 cm3, à injection électronique et ABS, possède une instrumentation numérique ultramoderne.
Seul le PX, né en 1977, et toujours au catalogue, reste fidèle aux modèles d'antan, avec son moteur à deux temps et ses quatre vitesses à la poignée. Mais il lui sera difficile de survivre aux nouvelles normes antipollution Euro 3, applicables en 2006. C'est peut-être justement par crainte de le voir disparaître que les fans se l'arrachent de nouveau. En 2005, les ventes de PX 125 ont en effet bondi de 44% (environ un millier d'exemplaires). «Les gens s'achètent un morceau d'histoire, comme un amateur de voitures s'offrirait une Morgan», relève Ganneau. «La Vespa est un produit charismatique, et son achat, le fruit d'une démarche émotionnelle», ajoute Jean-Philippe Dauviau, directeur marketing de Piaggio France. D'ailleurs, il n'est pas rare que les conducteurs se fassent un signe au feu rouge, comme en moto. Fiable, solide et réparable, grâce à la même coque autoportée en tôle emboutie, la Vespa n'a fondamentalement guère évolué depuis soixante ans. «Elle est magique car elle repasse le film en noir et blanc des années de charme, témoigne Sacha Lakic, designer de motos. Elle est finalement comme la femme de cette époque: élégante, sensible et souriante.»
(1) 100 Ans d'histoire.
Scooters du monde, par Didier Ganneau et François-Marie Dumas
(EPA).
A lire également: Vespa. Une aventure italienne
et mondiale (Gründ). Vespa. Les années de charme et
Histoire et technique, 2 volumes, par Jean Goyard, Dominique Pascal
et Bernard Salvat (Rétroviseur).